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Quel est ton tout premier souvenir musical ?
Je me souviens de beaucoup de moments où, très jeune, mes parents pouvaient me laisser seul avec de la musique que j’écoutais sagement et attentivement sur le canapé du salon. Notamment un livre cassette de Pierre et le Loup de Serge Prokofiev dont je garde un souvenir précis des cors, du hautbois et de la clarinette figurant canard et chat.
Quelle est la musique que tu joues en ce moment ?
Plusieurs projets se mélangent. En ce moment, une reprise d’une production d’Atys de Lully à l’Opéra Royal de Versailles, donc dans le lieu même de la création devant Louis XIV, avec Leonardo Garcia Alarcon, Cappella Mediterranea et le Ballet Preljocaj. En parallèle, des projets plus personnels en préparation : un récital dans un festival de piano ancien avec une amie pianofortiste autour de Clara Schumann et une de ses élèves, et un autre programme avec flûte et clavecin sur de la musique italienne du XVIIIe.
Quel est le continent musical qu’il te reste à découvrir ?
J’aimerais explorer davantage le répertoire du XVIIe siècle où le violoncelle n’est pas encore un instrument fixé. Cela laisse donc une variété de possible et de recherche dans une esthétique moins connue et qui dégage pourtant une magie toute particulière. Pourquoi ne pas remonter jusqu’à la Renaissance ou faire quelques premiers pas à la viole de gambe…
Quel est ton tout premier souvenir musical ?
Mon premier souvenir ? Je me rappelle comme dans une brume d’une soirée durant laquelle mes parents avaient organisé une fête à la maison. Il y avait beaucoup de monde, un orchestre des Balkans était venu jouer, et j’avais improvisé avec l’accordéoniste en jouant une sorte de pipeau en plastique. À vrai dire, ce souvenir demeure assez flou dans ma mémoire. Un autre souvenir est resté profondément gravé en moi : les trajets passés dans la voiture de ma grand-mère quand nous allions en week-end. Nous écoutions presque à chaque trajet le même CD, qui réunissait «l’Arpeggione» de Schubert, le Premier Concerto (petit concerto pour violon et cordes) de Mendelssohn, et la Sonate Waldstein de Beethoven. Ces œuvres sont devenues pour moi de véritables madeleines de Proust, porteuses d’une nostalgie à la fois douce et savoureuse.
Quelle est la musique que tu joues en ce moment ?
En ce moment, je me consacre davantage à la direction d’orchestre et j’aborde des œuvres d’époques et de caractères très variés. Je travaille notamment «L’Histoire du soldat» de Stravinsky, une pièce pour petit effectif composée lors de son arrivée en Suisse. Inspirée de l’œuvre Faust de Goethe, elle dépeint un violoniste qui fait un pacte avec le diable pour retrouver sa jeunesse. Dans un tout autre style, j’étudie également la Symphonie n° 104 «Londres» de Joseph Haydn.
Par ailleurs, pour les prochains concerts de l’Orange Bleue, je prépare la magnifique
Sérénade pour cordes, op.48 de Tchaïkovski, ainsi que le Premier Concerto pour clavier de Johann Sebastian Bach, que nous aurons la chance d’interpréter avec le pianiste Marc Pantillon.
Le travail de chef d’orchestre est un exercice assez différent de celui de pianiste. Il consiste à imaginer l’œuvre, à en dégager le sens, à construire une ligne directrice, une vision, et à développer une pensée profonde et sincère de la pièce, sans être en contact direct avec l’instrument. Il y a là quelque chose de beaucoup moins palpable, qui demande un autre type de réflexion.
Quel est le continent musical qu’il te reste à découvrir ?
L’étendue des œuvres écrites en musique est si vaste qu’on pourrait passer cent vies à les explorer. Rachmaninov disait : « La musique suffit pour toute une vie, mais une vie ne suffit pas pour la musique. » Et même au sein d’une seule œuvre, sa complexité et les moments de vie durant lequel on la découvre, la re-découvre, la travaille ou la retravaille révèlent des facettes complètement différentes. Je ne sais pas encore quel continent j’aimerais explorer, mais j’ai récemment fait la découverte de l’œuvre d’Elsa Barraine, compositrice lauréate du Prix de Rome au début du XXᵉ siècle, une distinction prestigieuse. Sa Deuxième Symphonie «Voina» m’a particulièrement touché, et je dois avouer que ce répertoire m’était totalement inconnu jusqu’à présent. J’aimerais désormais le parcourir plus en profondeur.
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Le Locle, le 16 mai 1946.
Madame Vve. Marcel Dubois
Le Prévoux
Madame,
La longue maladie dont souffrait M. Dubois, les nouvelles que nous en avions ces dernières semaines ne nous laissaient pas beaucoup d’espoir de le revoir au Collège.
Nous aimions cependant penser que le mal lui laisserait encore quelques moments d’accalmie.
Notre vœu n’a pas été exaucé et son décès laisse l’école, comme sa famille, plongée dans une profonde tristesse.
Au moment où il s’en va, la Commission scolaire et la Commission de l’école de commerce tiennent à vous dire combien elles ont apprécié M. Dubois. Il fut un excellent maître. Il connaissait parfaitement la langue allemande et savait l’enseigner. Cette tâche, si ardue parfois, il l’a toujours remplie avec dévouement, conscience et savoir-faire. De plus, il a su gagner l’affection de ses élèves dont beaucoup sont devenus dans la suite de bons amis pour lui. Brisé par la souffrance physique et le deuil, il a fait vaillamment son devoir jusqu’au bout, laissant ainsi un bel exemple à tout son entourage, à notre jeunesse en particulier.
Dans les heures difficiles que vous passez, les autorités scolaires vous expriment, ainsi qu’à toute votre famille, leur très vive sympathie et souhaitent que le bon souvenir que laisse votre cher défunt à toute notre population, la reconnaissance des autorités, des élèves, de leurs parents, vous soient de quelque réconfort dans votre deuil.
C’est dans ces sentiments que nous vous prions d’agréer, Madame, nos salutations respectueuses.
Au nom de la Commission Scolaire :
Le Secrétaire
M.H Primault
Signature lisible
Le Président
Signature autographe, pas lisible
Au nom de la Commission
De l’École de Commerce :
Le Président
Signature autographe, pas lisible
Marcel-Henri Dubois parlait, lisait et écrivait le patois du Jura neuchâtelois.
Il note dans son cahier « A bâtons rompus No 3, en 1931 :
« Ce patois du Locle et de la Sagne que ma génération ignore complètement »
Pour Marcel-H. Dubois, le foyer c’est l’hoteau, la maison de la famille Dubois au Prévoux, qui doit son nom à un terme de patois :
3o Aussi, par conséquent, c’est pourquoi: Il était très avare, «djierè, a sn’aterma è n’i avai quasi gnyon, on ne l’ammâve pas», aussi, à son enterrement, il n’y avait quasi personne, on ne l’aimait pas (N Ch. de F.). Le lieutenant de police voulait que tout fût rangé et «le z ètsirle foûran dzère apohyî…» contre l’hotau, les échelles furent donc appuyées contre la maison (N Bér. Pat. neuch. 117).
Université de Neuchâtel, dialectologie :
Le « patois » neuchâtelois est un dialecte de la langue francoprovençale, l’une des trois langues traditionnelles de l’espace gallo-roman, avec l’occitan dans le Sud, et le français (langue d’oïl, avec ses dialectes) au Nord. Neuchâtel se trouve à la limite nord-est du francoprovençal, qui comprend toute la Suisse romande (sauf le Jura), une partie du Jura français, le Lyonnais, le Forez, la Savoie et la Vallée d’Aoste (carte).
Comme tous les dialectes, le parler francoprovençal de Neuchâtel se distinguait légèrement d’un village, d’une vallée à l’autre, sans que cela pose de difficultés pour la compréhension mutuelle (carte).
Les derniers locuteurs du francoprovençal neuchâtelois ont malheureusement disparu dans les années 1920. Peu avant, conscient de sa disparition imminente, un groupe d’intellectuels et patoisants neuchâtelois a essayé de « sauver les meubles », en publiant un volume souvenir, contenant tous les textes en patois neuchâtelois qu’ils avaient pu rassembler. Ce volume a été publié à Neuchâtel en 1895; il se trouve dans toutes les bonnes bibliothèques du canton.
Ci-dessous, nous reproduisons le début d’un récit en patois de Boudry, rédigé par L. Favre, président du Comité du patois de la Société cantonale d’histoire et d’archéologie, avec sa traduction en français régional.
Voir le texte ment. : http://www5.unine.ch/dialectologie/NE_Presentation.html
Abram-Henri Dubois, né le 6 juillet 1858, l’état-civil indique le 26 juin, épouse Louise-Marie Simon-Vermot, née le 3 juin 1858, fille de Lucien, de Montlebon (Doubs, France), n’eurent point d’enfants, mais m’adoptèrent à la mort de mon père William, et furent mes parents, dont je vénère et bénis la mémoire tous les jours. Le numéro 73 de la Rue des Envers fut leur domicile de 1894 au 20 juillet 1930. Ma mère adoptive fut enterrée le jour de Noël 1918 (morte à 60 ans).
Celui que nous avons toujours appelé « Grand-Papa » par reconnaissance y fut veuf de 1918 à 1930, mais trouve à notre foyer et au contact de nos deux enfants des affections chaudes, un intérêt toujours en éveil. Dans mes « A bâtons rompus », j’ai essayé de faire revivre cette grande figure. Cher et bon Abram-Henri !
« Cet homme auquel je voue un véritable culte, une reconnaissance renouvelée à mesure que mes enfants grandissants attendent de moi davantage – l’enfant ne vivra pas de pain seulement…le cœur veut sa nourriture, l’esprit aussi.
Votre grand-papa ne m’a laissé manquer de rien, j’ai pris à son contact de grandes, de belles leçons d’énergie, de complaisance, de charité pratiquée sans parler, de dévouement, d’abnégation pour tous ceux qui avaient/auraient besoin d’aide.
Il aurait pu m’asseoir à l’établi, me faire quitter définitivement l’école. Il ne l’a pas fait.
Je suis bien certain que jamais pensée de lucre ne l’a effleuré à la croisée de « mes chemins ».Un grand cœur
Un caractèreUn homme aux réactions vives, promptes, trop rudes souvent (un ressort qui se détend soudain et vous saute à la figure). »
Note de Marcel Dubois : « 105 kilos à 70 ans ! »
Faire-part de la mort d’Abram-Henri Dubois : « Non pour être servi, mais pour servir »