suivi de La Belle Dame sans Merci et de La Vigile de la Sainte-Agnès
Traduit de l’anglais et présenté par Alain Suied – BILINGUE
Keats annonce la désincarnation moderne. Mais en sauvant la beauté au prix de sa vie même, en incarnant alors le » poétique « , il est à la fois un objet, un animal, un vase, une fleur : son identité se déduit de son absence à lui-même. La poésie redevient chemin vers la vérité, union – non plus lien, religion, mais union du mot et de la chose, de la vie rêvée et de l’innocence en construction. Keats propose un contre-modèle, qui ouvre à la Modernité et préfigure Baudelaire. Le poète désacralise le langage, mais dans le même mouvement, il fait de l’allégorie poétique la seule réalité accessible, déchiffrable. Le poète fuit un monde qui redevient barbare, qui invente une industrialisation de la Barbarie. Plongeant dans l’Absolu de la Beauté « A thing of beauty is a joy for ever », il sacrifie la poésie ancienne, ses mythes, sa sacralité, se fond dans l’énigme du monde pour inventer un devenir au poète dans la modernité qui le nie : l’invention d’une allégorie nouvelle, le passage ultime de l’expérience à l’innocence – mais éprouvée comme une expérience humaine de notre présence au monde poétiquement familier et inconnu. Loin de Pindare et déjà loin des Odes de Coleridge, les Odes de 1819 sont un tournant et sont aussi le centre de l’œuvre de Keats. La chanson mortelle et éternelle du Rossignol se répand, de siècle en siècle – mais le poète sait bien que l’oiseau meurt et revit autre et identique, comme le poème traverse le temps et le sens pour surgir, toujours premier, toujours victime, pour témoigner du fragile sentiment d’éternité qui habite l’improbable cri humain dans la nuit prénatale des espaces infinis et pourtant entropiques, comme le souvenir…
Keats, issu d’un milieu londonien très humble, menacé très tôt par la tuberculose, disparut avant sa vingt-sixième année. Il s’était voué très jeune au culte de la beauté. Il salua les Grecs, qu’il ne connaissait que par des traductions, comme ses inspirateurs et sut faire revivre leur mythologie. Plus tard, Milton fut son modèle. Il redonna une vie originale à la poésie narrative, et ses fragments épiques constituent l’une des très rares réussites romantiques dans le genre si périlleux de l’épopée. Surtout, dans plusieurs sonnets et dans cinq ou six grandes odes, Keats réalisa une œuvre d’une plénitude et d’une perfection qui le placent non loin de Shakespeare. Sa gloire n’a plus été mise en question après sa mort, alors qu’il avait été méconnu ou méprisé de son vivant.
Sa courte et tragique existence, sa maîtrise de la forme et l’incroyable maturité de ses idées sur la poésie exprimées dans ses lettres – qui ont fasciné nombre de modernes – font de lui le génie le plus précoce de toute la littérature anglaise, comparable (mais très différent d’eux) à Mozart ou à Rimbaud.
À la différence de ses deux aînés, Wordsworth et Coleridge, qui appartenaient à la classe bourgeoise et venaient de l’Angleterre provinciale, de Byron et de Shelley, tous deux aristocrates, élèves des « public schools », de Cambridge et d’Oxford, John Keats était londonien, pauvre, le fils aîné d’un palefrenier qui mourut en 1804 d’une chute de cheval. Sa mère semble avoir été une femme de caractère gai, affectueuse, très attachée à son premier enfant. Le second fils, George, émigra plus tard aux États-Unis, le troisième, Tom, mourut en 1818, ce dont John eut un immense chagrin. Une jeune sœur, Frances, née en 1803, s’efforça de comprendre son frère et correspondit avec la fiancée de celui-ci, alors qu’il se mourait de tuberculose en Italie.
L’argent manquait pour envoyer l’enfant à l’une des écoles renommées de l’Angleterre ; il reçut néanmoins une éducation convenable dans une petite école d’Enfield tenue par un pasteur, y apprit le latin, ne sut jamais le grec, mais semble déjà s’être passionné pour la mythologie hellénique à travers des dictionnaires illustrés. En 1813, il commença des études de médecine, s’en lassa au bout d’un an et demi, ne ressentant nul attrait pour la dissection. Il avait alors près de vingt ans et la lecture de La Reine des fées de Spenser lui avait révélé sa passion pour la poésie. Il se lia d’amitié avec un cercle littéraire à idées politiques avancées pour l’époque, un peu vulgaire de sensibilité et d’expression, dont l’animateur était Leigh Hunt. Shelley, qui plus tard aida financièrement Leigh Hunt, apparaissait quelquefois parmi eux ; mais, peut-être en raison de leur origine sociale différente, Keats et Shelley ne se prirent pas alors d’une vive sympathie mutuelle. Byron se montra encore plus dédaigneux du poète « cockney » qu’il croyait voir en Keats.
Dès sa vingt et unième année, Keats écrivit l’un des plus parfaits sonnets de la littérature anglaise, sur sa découverte de la traduction d’Homère par Chapman. Il y comparait son émotion devant ce monde merveilleux de la Grèce primitive, rendu par un poète élisabéthain, à celle d’Hernán Cortés et de ses compagnons apercevant le Pacifique : « Muets, sur un pic à Darién. » Il traduisit dans d’autres sonnets son émerveillement à la visite des marbres du Parthénon que lord Elgin avait rapportés d’Athènes. Une note de joie intense en présence de la nature et des légendes de la chevalerie médiévale aussi bien que de la Grèce résonne dans le premier volume de Keats, Early Poems (1817). Le plus long poème de ce recueil[…]
« La poésie nous rappelle que l’origine du monde est toujours présente dans chaque objet de la vie. Nous sommes toujours dans le devenir héraclitéen, et la poésie est la mémoire de ce devenir. »
Alain Suied est né le 17 juillet 1951 à Tunis. Ses parents appartiennent à l’ancienne communauté juive de cette ville. Il n’a que huit ans lorsque sa famille part s’installer à Paris.
Un de ses poèmes est publié en 1968 dans la revue L’Éphémère. Plusieurs recueils suivent : Le silence, en 1970, puis C’est la langue, trois ans plus tard. Il publie deux ouvrages aux Éditions Granit puis, à partir de 1989, publiera la quasi-totalité de ses textes aux Éditions Arfuyen.
En 1979 paraît un recueil de traductions de poèmes de Dylan Thomas, N’entre pas sans violence dans cette bonne nuit (Gallimard). Il traduit Updike, Pound, Faulkner, Keats, Blake, Muir, etc.
Il étudie les philosophes de l’École de Francfort et s’intéresse aux grands psychanalystes contemporains. Il entre lui-même en analyse. Secrétaire de l’association musicale Le Triptyque et membre de l’Académie Charles-Cros, il a reçu le Prix Nelly Sachs pour l’ensemble de ses traductions.
Travaillant en prise directe avec la misère de notre temps – chômage et exclusion –, Alain Suied est l’auteur d’une œuvre poétique d’une densité et d’une singularité qui la rangent parmi les plus fortes de sa génération.
Alain Suied est mort le 24 juillet 2008. Il est enterré au cimetière du Montparnasse.
Une journée d’étude sur l’œuvre d’Alain Suied a été organisée par l’université de Strasbourg le 7 février 2013. Les actes de cette journée ont été publiés en 2015 par les Presses universitaires de Strasbourg sous le titre Alain Suied : l’attention à l’autre.
Ouvrages publiés aux Éditions Arfuyen, voir le site de l’éditeur.
HORS DES SENTIERS BATTUS
Créées en 1975 et diffusées par Sofédis (Gallimard), les Éditions Arfuyen ont leur siège près du Lac Noir, à Orbey dans les Hautes-Vosges alsaciennes. Leurs collections se répartissent entre littératures (collections Le Rouge & le Noir et Les Vies imaginaires), poésies (collections Les Cahiers d’Arfuyen et et Neige), spiritualités (collections Les Carnets spirituels et Ombre) et sciences humaines (collections Ainsi parlait et La Faute à Voltaire).
Le nom ancien de cette montagne d’Arfuyen serait Arfulhanum, dérivé des racines ar, sommet, et fail, chute, ruine. Sur ces lieux fut trouvée en 1837 une épée de bronze remontant au IXe siècle av. J.-C.
Qu’elle se nomme Arfuyen ou Ararat, Sinaï ou Carmel, Athos ou Arunachala, c’est l’unique montagne où, depuis l’origine des temps, se retrouvent les solitaires pour y chercher le ciel. Une utopie. Un vrai lieu. Le seul lieu.
Oscar Wilde (1854-1900), dédie ce poème à John Keats :
Rid of the world’s injustice, and his pain,
He rests at last beneath God’s veil of blue:
Taken from life when life and love were new
The youngest of the martyrs here is lain,
Fair as Sebastian, and as early slain.
No cypress shades his grave, no funeral yew,
But gentle violets weeping with the dew
Weave on his bones an ever-blossoming chain.
O proudest heart that broke for misery!
O sweetest lips since those of Mitylene!
O poet-painter of our English Land!
Thy name was writ in water——it shall stand:
And tears like mine will keep thy memory green,
As Isabella did her Basil-tree.
Rome, 1877
Notre sélection :
Les compositeurs de la bande sonore des Sorbiers Rouges :
Qu’est-ce, au fond que le Lied allemand ? Le lied allemand naît vraiment en 1814, quand un Schubert de dix-huit ans met en musique la «Marguerite au rouet» de Goethe. Durant le XIXe siècle, l’Allemagne va pratiquer avec passion cette forme d’expression, la plus naturelle qui soit en art. Avec sa verve coutumière, qui font de chacun de ses livres des références, André Tubeuf en explique l’histoire et en dévoile les plus précieux trésors. Selon lui le Lied, c’est un abord : Schubert. Une origine : le silence. Et une matière : l’eau. Ce livre est la réédition, révisée par l’auteur, de l’ouvrage paru une première fois en 1993.
Éditions Actes Sud
C’est une nouvelle édition qui vient de paraître et que tout amant de la musique se doit d’avoir dans sa bibliothèque. C’est savant sans être cuistre. Il faut absolument lire cet ouvrage, un vrai remède purgatif contre les miasmes de la Bastille.
Luc Décygnes, Le Canard enchaîné
André Tubeuf, écrivain, philosophe et musicologue (1930-2021), natif de Smyrne.

André Tubeuf s’est éteint à l’âge de 90 ans. Une immense perte pour le monde de la musique (juillet 2021).
Le philosophe et musicologue s’est éteint lundi 26 juillet à l’âge de 90 ans. Avec lui disparaît une tradition d’écrivains et de penseurs, dans la tradition de Vladimir Jankélévitch.
Il était un monument du monde musical, écrivain et musicologue prolifique ; André Tubeuf s’est éteint lundi 26 juillet à l’âge de 90 ans. D’une érudition sans égale, il emporte avec lui une époque et une façon d’écrire en cultivant un rapport à la culture classique très étroit, dans la tradition de Vladimir Jankélévitch qui fut son professeur, André Suarès ou André Gide. France Musique lui rend hommage dès ce lundi, notamment dans l’agenda de l’été et le lendemain dans Musique Matin.
Né le 18 décembre 1930 à Smyrne en Turquie, André Tubeuf grandit entre un père ingénieur de travaux publics qui avait souhaité quitter sa terre natale, et une mère fille du Consul de France. Dans un contexte géopolitique instable, André Tubeuf est élevé dans un environnement musical, son père est violoniste et son grand-père titulaire des orgues de Sainte-Clotilde. Un environnement qui ne lui permet pas de répondre à son désir ardent de développer sa propre pratique. A Zonguldak, André Tubeuf aiguise sa sensibilité musicale et découvre le chant auprès des sœurs franciscaines missionnaires de Paris qui tiennent l’école, le dispensaire et la petite église. La famille déménagera ensuite à Alep où il restera jusqu’à la fin de la guerre.
En 1946, André Tubeuf rejoint Paris pour y mener ses études supérieures, d’abord au lycée Louis-le-Grand, puis à l’école Normale supérieure, rue d’Ulm. Ses loisirs sont largement occupés par la fréquentation des théâtres ; il applaudit Louis Jouvet et Gérard Philipe et se forge aux habitudes de la capitale. Le disque répond à son appétit de découvertes ; André Tubeuf se plonge dans le chant avec Bach en premier lieu.
Agrégé de philosophie en 1954, le jeune normalien se tourne vers l’enseignement, à Nancy puis à Strasbourg. Il met son génie oratoire au service de la transmission qui lui tiendra tant à cœur toute sa vie. Il ne cessera d’ailleurs pas cette activité en 1972, lorsque Jacques Duhamel l’appelle au cabinet du ministère de la Culture pour le charger des questions musicales. Une fonction renouvelée par Michel Guy en 1975.
Plume hors pair pour le Point, l’Avant-scène Opéra ou Classica, André Tubeuf a enrichi la littérature musicale de nombreux ouvrages majeurs. On lui doit des essais sur Beethoven, Wagner ou Strauss, mais également de nombreux portraits – Elisabeth Schwarzkopf, Claudio Arrau, ou encore Rudolf Serkin, dont il fut l’ami. La mezzo-soprano Sophie Koch se souvient de sa rencontre avec lui : « c’était en 1998 lors d’un concert à Lausanne. En-dehors d’être un puits de science, il connaissait parfaitement les voix et le répertoire. C’était un guide, il m’arrivait de lui demander ce qu’il pensait d’une décision que je devais prendre. Avec lui disparaît une culture de la filiation et de la tradition, celle qui relie les artistes entre eux, à travers les générations. »
« C’était très précieux pour un jeune chanteur d’obtenir les conseils d’André Tubeuf. Il leur montrait le chemin en élargissant leurs connaissances. » Le directeur du Théâtre du Capitole de Toulouse, Christophe Ghristi, rend également hommage à une personnalité fondatrice dans sa construction de jeune mélomane. « Les sujets qu’il traitait étaient souvent pour lui des questions de vie ou de mort. J’ai beaucoup investi émotionnellement dans la musique à l’adolescence ; il m’a montré que ce n’était pas ridicule d’avoir un tel niveau de passion. » Un monde en soi et tout un univers « un peu mythique », c’est ce que représentait André Tubeuf pour ses amis.
Habitué du micro de France Musique, il confie à Lionel Esparza ses mémoires, diffusés une première fois en 2016 en huit épisodes d’une grande richesse. Cette série sera rediffusée cet été, du 31 juillet au 22 août, tous les samedis et dimanches de 7h à 8h.
Les derniers ouvrages d’André Tubeuf furent publiés aux éditions du Passeur, Bach ou le meilleur des mondes en 2017, Brahms ecclésiaste à l’automne dernier fin 2020 et son deuxième roman, l’Embarcadère, en mai 2021.
Son éditeur et ami, Jean-Yves Clément que nous avons contacté, évoque un homme chaleureux, naturel, et très volontariste. « Il écrivait comme il parlait, et parlait comme il écrivait, avec de belles phrases, un sens de la formule et du style dans tout… tout faisait une seule et même chose chez lui ». Un style dense et limpide arrivé à une « épuration impressionnante », voilà ce que laisse André Tubeuf dans ses textes. Une suite à l’Embarcadère était déjà prévue : « j’ai le manuscrit entre les mains ; André Tubeuf y développe le propos en revenant sur les origines de l’histoire. Je ne sais pas ce que j’en ferai. » Travaillé par la question de son identité, de la mémoire et du souvenir, André Tubeuf invoquait dans son écriture un passé « glorieux, idéal, et disparu à jamais ». Que demeure longtemps le souvenir d’un homme qui parlait de musique pour la rendre accessible à chacun, sans « jargon musicologique » mais avec ses simples mots et sa pensée.
France Musique, Aude Giger
Tennessee Williams, Soudain l’été dernier,
Robert Laffont/Pavillons Poche, 2020
Jacques Guicharnaud (Adaptateur), Bernard Oudin (Préfacier)
Drame 5 femmes – 2 hommes
Tennessee Williams convoque ici les thèmes qui lui sont chers : la vieillesse et la beauté des femmes, la folie et son cortège diabolique, tout cela sous un soleil blanc, aveuglant, incandescent, qui donne un charme salé insupportable à cette grande pièce de théâtre. Dans un jardin tropical vénéneux et inquiétant, la richissime Mrs Venable tente de convaincre le jeune et très beau docteur Cukrowicz : sa nièce Catherine est coupable, c’est elle qui est responsable de la mort de Sébastien, son fils unique et adoré, décédé dans des circonstances étranges l’été dernier. La sentence exigée par la vieille femme est terrible : une lobotomie pour faire taire Catherine et faire cesser ses insupportables ragots.
La librairie théâtrale
Un essai remarquable consacré à Tennessee Williams

Tennessee Williams, Christophe Pellet (Auteur), Ides Et Calendes, collection Le théâtre de, 2015
Une publication en grand format, pour l’adaptation de la pièce au Théâtre de l’Odéon à Paris, en 2017, par Stéphane Braunschweig :

Soudain l’été dernier, Tennessee Williams (Auteur), Stéphane Braunschweig (Metteur en scène/Réalisateur), L’Avant-scène théâtre, N° 1421, 1er avril 2017.
→ Soudain l’été dernier – Suddenly last summer

Soudain l’été dernier, film de Joseph Mankiewicz (1959), de g. à d. : Katharine Hepburn, Montgomery Clift, Elizabeth Taylor.
Photo : Cinémathèque, Paris
→ Tennessee Williams : films et réalisateurs associés
Théâtre, roman, mémoires, Tennessee Williams, Pierre Laville (trad.) Robert Laffont, Bouquins, 2011, 960 pages
André Clavel, samedi 26 février 2011
Avec Arthur Miller et Joseph O’Neill, Tennessee Williams est l’un des maîtres du théâtre américain. Travailleur acharné, chantre de la sensualité et peintre souvent diabolique de la passion amoureuse, le grand sudiste est né en mars 1911 et, à l’occasion de ce centenaire, la collection Bouquins nous offre une copieuse anthologie, avec des commentaires précieux de Catherine Fruchon-Toussaint. Au sommaire, retraduits par Pierre Laville, quatre textes dramatiques essentiels: La Ménagerie de verre, Un Tramway nommé désir, La Chatte sur un toit brûlant et La Nuit de l’iguane. Ce volume contient également des récits autobiographiques, un roman peu connu datant de 1975 (Une Femme nommée Moïse) et une pièce inédite qui s’inspire de La Mouette de Tchekhov, Les Carnets de Trigorine. Tombé dans l’oubli au fil des années 1970, le théâtre de Tennessee Williams est en train d’être redécouvert, et ce florilège est une belle occasion de renouer avec une figure légendaire des lettres américaines, en attendant la biographie que Catherine Fruchon-Toussaint publiera chez Robert Laffont en septembre prochain (2011).
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Les romans de Georges Simenon seront toujours d’actualité, tant ils nous parlent de la destinée humaine, de nos désirs et de notre rapport au temps.
Les mots-matières de Simenon ont du poids, de la densité, une odeur : « la pluie », « le brouillard », « le pavé », « le poêle », « le placard», « les tiroirs », « un bâton de rouge », « les dessous », « le linge » ; tout est là, dans cette simplicité et ce langage universel, indémodable. Simenon est l’auteur le plus adapté au cinéma, son univers est inépuisable.
La Fondation Jan Michalski à Montricher lui consacre une exposition, des conférences et des rencontres, jusqu’au 29 septembre 2024.
Le thème de la filiation et de la transmission est au cœur du récit des Sorbiers Rouges. C’est la matière du roman de Georges Simenon, Le Fils. Il s’agit d’une fiction comme le rappelle l’auteur, en préambule de l’édition originale de 1957.
Des phrases lues ou entendues me sont revenues à l’esprit, en particulier :
« Nous revivons dans nos enfants. »
Quelque part aussi, j’ai lu qu’après notre mort, nous jouissons d’une survie d’environ cent ans, le temps, à peu près, pour ceux qui nous ont connus, puis pour ceux qui ont entendu sur nous un témoignage direct, de disparaître à leur tour.
Après, c’est l’oubli ou la légende.
Cent ans ! Trois générations ! Regarde autour de toi, interroge tes amis. Tu te rendras compte que, à de rares exceptions près, ces trois générations-là sont la limite de la survie.
Et cette survie dépend du premier témoignage, dépend du fils.
J’allais en avoir un, qui me regarderait vivre et qui transmettrait à ses enfants l’image ainsi imprimée dans son esprit.
Georges Simenon, Le Fils, pages 101-102.
J’exprime ma vive reconnaissance à mon fils Guillaume, avec qui je partage une véritable passion pour les romans de Simenon et un attachement particulier pour le Commissaire Maigret, ce « raccommodeur de destinées ».
Marcel Schiess
De Georges Simenon, à lire en particulier : « Le Train » ; « La Maison du Canal » ; « La neige était sale » ; « L’Homme de Londres » ; « Le Bourgmestre de Furnes » ; « Le Voyageur de la Toussaint » ; « Pedigree » ; « Lettre à mon juge » ; « Lettre à ma mère » ; « Mémoires intimes »…et tout Simenon à la Pléiade !
Un choix parmi les enquêtes du Commissaire Maigret: « L’Affaire Saint-Fiacre » ; « La Guinguette à deux sous » ; « L’Ombre chinoise » ; « Maigret et Monsieur Charles » ; « Félicie est là » ; « Maigret aux Assises» ; « Maigret et la Grande Perche » ; «La Patience de Maigret » ; « Maigret et l’homme du banc » ; « Maigret à Vichy » ; « Maigret et la jeune morte », et tant d’autres destinées humaines…

La Nuit du Carrefour, Jean Renoir (1932)
La Marie du Port, Marcel Carné (1950)
En cas de malheur, Claude Autant-Lara (1958)
Maigret tend un piège, Jean Delannoy (1958)
Maigret et l’Affaire Saint-Fiacre, Jean Delannoy (1959)
L’Aîné des Ferchaux, Jean-Pierre Melville (1963)
La Veuve Couderc, Pierre Granier-Deferre (1971)
Le Train, Pierre Granier-Deferre (1973)
L’Horloger de Saint-Paul, Bertrand Tavernier (1974)
Le Coup de lune, Serge Gainsbourg : Équateur (1983)
Monsieur Hire, Patrice Leconte (1989)
Betty, Claude Chabrol (1992)
L’Homme de Londres, Béla Tarr (2008)
La Chambre bleue, Mathieu Amalric (2014).
Georges Simenon : de la plume à l’écran. Cycle de films, 4 mai -2 juillet 2023.
L’année 2024 est l’occasion de commémorations d’événements de la Deuxième Guerre Mondiale. Le Débarquement et la Libération de Paris en 1944 sont les plus commentés.
1944, c’est le nœud dramatique du récit des Sorbiers Rouges. A l’hoteau, au Prévoux, un drame intime plonge une famille dans le deuil et le désespoir ; en France voisine, sur ordre de Vichy, la Milice assassine Georges Mandel et Jean Zay, deux hommes d’Etat, l’un de droite, l’autre de gauche, brillants et intègres, adversaires absolus de Pétain et Laval.
Ils ont payé de leur vie, nous ne devons pas les oublier.
A lire absolument : Jean Zay, Souvenirs et solitude, Belin Alpha Histoire, 2017
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Relecture et corrections : Guillaume Babey
© Les Sorbiers Rouges, Marcel Schiess, 2024
Le Locle, le 16 mai 1946.
Madame Vve. Marcel Dubois
Le Prévoux
Madame,
La longue maladie dont souffrait M. Dubois, les nouvelles que nous en avions ces dernières semaines ne nous laissaient pas beaucoup d’espoir de le revoir au Collège.
Nous aimions cependant penser que le mal lui laisserait encore quelques moments d’accalmie.
Notre vœu n’a pas été exaucé et son décès laisse l’école, comme sa famille, plongée dans une profonde tristesse.
Au moment où il s’en va, la Commission scolaire et la Commission de l’école de commerce tiennent à vous dire combien elles ont apprécié M. Dubois. Il fut un excellent maître. Il connaissait parfaitement la langue allemande et savait l’enseigner. Cette tâche, si ardue parfois, il l’a toujours remplie avec dévouement, conscience et savoir-faire. De plus, il a su gagner l’affection de ses élèves dont beaucoup sont devenus dans la suite de bons amis pour lui. Brisé par la souffrance physique et le deuil, il a fait vaillamment son devoir jusqu’au bout, laissant ainsi un bel exemple à tout son entourage, à notre jeunesse en particulier.
Dans les heures difficiles que vous passez, les autorités scolaires vous expriment, ainsi qu’à toute votre famille, leur très vive sympathie et souhaitent que le bon souvenir que laisse votre cher défunt à toute notre population, la reconnaissance des autorités, des élèves, de leurs parents, vous soient de quelque réconfort dans votre deuil.
C’est dans ces sentiments que nous vous prions d’agréer, Madame, nos salutations respectueuses.
Au nom de la Commission Scolaire :
Le Secrétaire
M.H Primault
Signature lisible
Le Président
Signature autographe, pas lisible
Au nom de la Commission
De l’École de Commerce :
Le Président
Signature autographe, pas lisible
Marcel-Henri Dubois parlait, lisait et écrivait le patois du Jura neuchâtelois.
Il note dans son cahier « A bâtons rompus No 3, en 1931 :
« Ce patois du Locle et de la Sagne que ma génération ignore complètement »
Pour Marcel-H. Dubois, le foyer c’est l’hoteau, la maison de la famille Dubois au Prévoux, qui doit son nom à un terme de patois :
3o Aussi, par conséquent, c’est pourquoi: Il était très avare, «djierè, a sn’aterma è n’i avai quasi gnyon, on ne l’ammâve pas», aussi, à son enterrement, il n’y avait quasi personne, on ne l’aimait pas (N Ch. de F.). Le lieutenant de police voulait que tout fût rangé et «le z ètsirle foûran dzère apohyî…» contre l’hotau, les échelles furent donc appuyées contre la maison (N Bér. Pat. neuch. 117).
Université de Neuchâtel, dialectologie :
Le « patois » neuchâtelois est un dialecte de la langue francoprovençale, l’une des trois langues traditionnelles de l’espace gallo-roman, avec l’occitan dans le Sud, et le français (langue d’oïl, avec ses dialectes) au Nord. Neuchâtel se trouve à la limite nord-est du francoprovençal, qui comprend toute la Suisse romande (sauf le Jura), une partie du Jura français, le Lyonnais, le Forez, la Savoie et la Vallée d’Aoste (carte).
Comme tous les dialectes, le parler francoprovençal de Neuchâtel se distinguait légèrement d’un village, d’une vallée à l’autre, sans que cela pose de difficultés pour la compréhension mutuelle (carte).
Les derniers locuteurs du francoprovençal neuchâtelois ont malheureusement disparu dans les années 1920. Peu avant, conscient de sa disparition imminente, un groupe d’intellectuels et patoisants neuchâtelois a essayé de « sauver les meubles », en publiant un volume souvenir, contenant tous les textes en patois neuchâtelois qu’ils avaient pu rassembler. Ce volume a été publié à Neuchâtel en 1895; il se trouve dans toutes les bonnes bibliothèques du canton.
Ci-dessous, nous reproduisons le début d’un récit en patois de Boudry, rédigé par L. Favre, président du Comité du patois de la Société cantonale d’histoire et d’archéologie, avec sa traduction en français régional.
Voir le texte ment. : http://www5.unine.ch/dialectologie/NE_Presentation.html
Abram-Henri Dubois, né le 6 juillet 1858, l’état-civil indique le 26 juin, épouse Louise-Marie Simon-Vermot, née le 3 juin 1858, fille de Lucien, de Montlebon (Doubs, France), n’eurent point d’enfants, mais m’adoptèrent à la mort de mon père William, et furent mes parents, dont je vénère et bénis la mémoire tous les jours. Le numéro 73 de la Rue des Envers fut leur domicile de 1894 au 20 juillet 1930. Ma mère adoptive fut enterrée le jour de Noël 1918 (morte à 60 ans).
Celui que nous avons toujours appelé « Grand-Papa » par reconnaissance y fut veuf de 1918 à 1930, mais trouve à notre foyer et au contact de nos deux enfants des affections chaudes, un intérêt toujours en éveil. Dans mes « A bâtons rompus », j’ai essayé de faire revivre cette grande figure. Cher et bon Abram-Henri !
« Cet homme auquel je voue un véritable culte, une reconnaissance renouvelée à mesure que mes enfants grandissants attendent de moi davantage – l’enfant ne vivra pas de pain seulement…le cœur veut sa nourriture, l’esprit aussi.
Votre grand-papa ne m’a laissé manquer de rien, j’ai pris à son contact de grandes, de belles leçons d’énergie, de complaisance, de charité pratiquée sans parler, de dévouement, d’abnégation pour tous ceux qui avaient/auraient besoin d’aide.
Il aurait pu m’asseoir à l’établi, me faire quitter définitivement l’école. Il ne l’a pas fait.
Je suis bien certain que jamais pensée de lucre ne l’a effleuré à la croisée de « mes chemins ».Un grand cœur
Un caractèreUn homme aux réactions vives, promptes, trop rudes souvent (un ressort qui se détend soudain et vous saute à la figure). »
Note de Marcel Dubois : « 105 kilos à 70 ans ! »
Faire-part de la mort d’Abram-Henri Dubois : « Non pour être servi, mais pour servir »